Du journaliste sportif au sportif professionnel, en passant par l’historien, tous se sont donnés la réplique lors de deux tables rondes mêlant patrimoine et mémoire du sport pour l’une et émotions du sport pour l’autre.

Deux lieux, deux moments et de nombreux enseignements. A la fin de cette journée, l’image du sport au sein de la société a pris du poids pour ceux qui ont eu l’occasion d’assister à ces deux événements.
Le premier débat s’est déroulé dans un amphithéâtre de la Faculté de Sport à Nice, plus communément appelée « Staps ». Les acteurs de celle-ci ? Les voici. Philippe Tétart (historien de la presse périodique et du sport), Jean-Marc Michel (journaliste sportif), Jean- Louis Filc (journaliste sportif et ancienne voix du Tour de France) et Cyril de La Morinerie (journaliste sportif chez Europe 1).

Sports et médias, main dans la main
Premier cité et premier à entrer en scène. L’historien Philippe Tétard se lance dans un monologue de plus d’une heure pour argumenter sa thèse sur les liens très forts entre le sport et les médias. Il parle notamment de relation « siamoise » selon ses termes. Indissociables, ces deux groupements sont obligés d’avancer ensemble, tels deux inséparables. Philippe Tétard donne même quelques exemples, comme la publication de certains ouvrages par d’anciens journalistes sportifs, Edouard Sengler en tête, qui expertise l’approche de l’histoire du sport. L’historien explique, dans la foulée, qu’un calendrier a été mis en place peu avant le 20ème siècle. « Cette méthode a permis de structurer et d’organiser les compétitions afin de permettre l’apparition de spectacles sportifs ».
Le spécialiste raconte ensuite, à quel point le cinéma a été un élément moteur dans l’évolution de la presse.
Enfin, il conclut sur l’importance de l’audiovisuel pour le sport. « Les meilleures audiences sont liées au sport et au football plus précisément. » Il termine par une comparaison très forte et qui touche de plein fouet l’actualité des derniers en France. « Le sport est le seul sujet qui justifie un décrochage avec les attentats. » Difficile de s’imaginer qu’un record du monde à la perche ou qu’une sixième étoile sur un maillot de handball efface ou du moins fasse oublier un camion qui fonce sur une foule, mais il est vrai que le sport une échappatoire efficace contre toutes ces cruautés.
Pour donner encore un peu plus d’ampleur à cette analyse, des chiffres viennent appuyer ce mariage si logique entre sport et média.

1914 : 380 000 exemplaires 2000 : 1 460 000 exemplaires
1914 : 9 quotidiens généralistes et d’opinion 2000 : 36.

1938, année phare !
Cette année est « phare », puisqu’elle correspond tout simplement à l’année de la révolution radiophonique. 5 millions de postes naissent et 19 millions d’auditeurs se ruent vers les fréquences.
La prise de parole de Philippe Tétard prend fin et c’est Jean-Louis Filc qui le succède. Ancien de la maison France Télévision, il ne comprend pas le sort réservé à certains médias. « Lors de m’Euro 2016, il y avait 180 journalistes, mais pas un seul de France Télévision. »
Selon lui, c’est le business qui créé de la distance le journalisme et le sport, avec l’émergence des agents notamment. Cyrille de La Morinerie appuie les propos de son confrère, tout en ajoutant que ce métier reste le plus beau du monde et qu’il faut faire les environnements en tout genre.
Enfin, cette table ronde se termine par un conseil de Jean-Louis Filc aux jeunes étudiants en journalisme sportif présents dans la salle. « La culture est la clé de la réussite pour le journaliste sportif. Il sait improviser, écrire. Les journalistes sportifs sont les seigneurs de ce métier. »

Merci le sport
Autre lieu, autre moment, autres enseignements. Pour comprendre un peu mieux comment l’émotion se transmet lorsque Usain Bolt court le cent mètres en 9 secondes 58 ou que Alberto Contador s’envole seul vers le sommet du col du Galibier pour aller gagner le Tour de France, il fallait être présent au Musée National du Sport, à Nice de nouveau. Pour cette seconde table ronde, un plateau de journalistes de renom ont fait le déplacement, de même qu’un ancien footballeur professionnel devenu consultant. Philippe Cristanval (ex-Marseille, Barcelone notamment) était donc assis aux côtés de Vincent Duluc (L’Equipe), François Giuseppi (RMC), Christophe Josse (Bein Sport) et Michaël Lefebvre (L’Equipe).
Lors de ce débat, une intensité s’est faite ressentir dans la salle. Tour à tour, les protagonistes se sont donnés la réplique, pour raconter leur meilleur moment dans leur vie de passionné de sports, tout en racontant comment ils procédaient lors de leur prise de notes ou de leurs commentaires. Pour Vincent Duluc, par exemple, « l’émotion ne se travaille pas, elle se ressent. Elle est liée au basculement d’un match. Il faut la transcrire, c’est ça le plus important. Il faut la synthétiser. Et pour y parvenir, il n’y a pas de recette miracle, chacun fait comme il le sent. Moi par exemple, j’ai toujours un stylo et un carnet avec moi, mais je n’écris pas beaucoup dessus lors de la rencontre, je préfère ne rien rater de la rencontre pour pouvoir raconter mon histoire de la meilleure des manières. »
Pour François Giuseppi, même combat, mais en radio. « En radio, il y a l’importance du direct, ce filtre qui ne laisse rien passer. En tant que commentateur radio, je me dois de m’exprimer de la meilleure des façons, tout en restant le plus naturel possible, car c’est ça qui est primordial : transmettre l’émotion que l’on voit à travers sa voix. »
Christophe Josse et Michael Lefebvre racontent eux quel est l’évènement le plus marquant de leur vie, dans ce patrimoine du sport français. « Pour moi, c’est sans conteste le Tour de France. Peu importe l’année, car chaque année, cet évènement me procure de très grandes émotions » avoue le commentateur de Bein Sport. Michaeil Lefevbre, lui, se souvient d’un moment en particulier. « C’est la finale de l’Euro 2000, lorsque David Trezeguet inscrit le but en or dans les prolongations. L’engouement, la pression, l’égalisation de Wiltord dans le temps additionnel, tout y est » clame-t-il !

Guillaume Saulais

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