Les 6e Rencontres autour du patrimoine sportif et de la mémoire du sport faisaient pour la première fois escale à Nice, après deux jours de colloque à Marseille (dans le cadre de Marseille-Provence 2017, capitale européenne du sport). Deux tables rondes étaient organisées. La première s’est déroulée au sein de l’UFR STAPS de Nice et traitait de la relation entre le sport et les médias. La seconde, elle, prenait ses quartiers au Musée national du Sport, situé en-dessous du stade de l’Allianz Riviera. Au cours de celle-ci, l’émotion transportée par les journalistes à travers les événements sportifs fut évoquée.

Avant de débuter la première table ronde, Philippe Tétart, de l’Université du Maine du Mans, présente son travail de recherche sur la relation entre sport et médias au cours de l’histoire. Et principalement sur la médiatisation du sport. En premier lieu, c’est la presse qui a dominé ce secteur. Mais en avançant dans l’histoire, il souligne que tous les supports finissent par s’y atteler. Un phénomène de surmédiatisation apparaît alors. Tous les quotidiens généralistes créent une rubrique sport. La radio entre dans la danse, notamment grâce au progrès technologique (5 millions d’auditeurs en 1938 contre 19 millions de nos jours). La société est saisie par ce phénomène de surmédiatisation. Phénomène principalement vérifié par le biais de la télévision. En 2003, 55 000 heures de sport étaient retransmises alors qu’aujourd’hui, la diffusion tourne autour des 170 000 heures. Depuis 20 ans, les meilleures audiences sont sportives (surtout du football). Philippe Tétart donne un sens à ce fort développement. Il décrit le sport comme un sujet léger, n’ayant aucun impact sur notre futur contrairement à des élections politiques. C’est aussi un moyen de s’extraire des incidents de la vie comme les attentats ou les catastrophes naturelles.

Après de l’intervention de Philippe Tétart, la table ronde ‘’Sport, média et patrimoine’’ débute. En plus de Philippe Tétart, Jean-Louis Filc (ancien directeur du service des sports de RMC), Jean-Marc Michel (ancien journaliste France 3) et Cyrille de la Morinerie (journaliste sportif d’Europe 1) évoquent chacun les dangers auxquels font face les journalistes sportifs. Ils dénoncent tout d’abord la concentration des médias qui poussent les journalistes à savoir tout faire en même temps, être polyvalent (écrire, parler, filmer). Ensuite, Jean-Louis Filc parle de la fermeture du monde sportif (dans le cyclisme par exemple). Jean- Marc Michel et Cyrille de la Morinerie l’appuient en critiquant les clubs qui sont désormais des entreprises. Les attachés de presse prennent le pas et dévorent la profession de journaliste puisque c’est par leur biais que les clubs passent maintenant pour diffuser des interviews ou autres. Jean-Marc Michel pointe également un problème majeur pour les médias : les droits de diffusion. Beaucoup de radios n‘ont pas couvert le mondial de handball en France à cause des sommes exorbitantes demandées. Pour revenir sur la polyvalence et l’illustrer, mais d’une façon différente, Cyrille de la Morinerie soumet sa propre expérience.

Lors des attentats du 13-Novembre, il a quitté le Stade de France pour partir en reportage dans les rues parisiennes. Il a alors repris un rôle de journaliste d’information générale. Les trois journalistes qui interviennent sont d’accord pour dire que le journaliste sportif doit être cultivé et s’intéresser à tout car la géopolitique peut influencer le sport. D’autant plus qu’aujourd’hui, l’avènement des réseaux sociaux a changé le mode de communication et le journaliste doit composer avec cela.

Pour la seconde table ronde, nous retrouvons Philippe Christenval (ex-joueur et consultant sur SFR Sport), Vincent Duluc (Rédaction football de l’Equipe), Christophe Josse (commentateur sur BeinSports), François Giuseppi (directeur de la programmation et des opérations antenne de RMC Sport) et Mickaël Lefebvre (correspondant pour la chaîne l’Equipe et RTL sur la Côte d’Azur), pour débattre sur l’émotion dans le sport. Chacun divulgue sa façon de transmettre les émotions perçues dans le sport. Selon Vincent Duluc, en presse écrite, l’émotion ne peut qu’être mise en scène. Mobiliser tous les sens humains dans son papier devient alors primordial. Sur le plan de l’audiovisuel, c’est un peu différent. Là, il ne faut pas mettre en scène l’émotion que l’on ressent mais au contraire, la faire « jaillir » précise Christophe Josse. « Bien qu’en restant dans le contrôle » atténue François Giuseppi. Il faut savoir faire preuve de naturel sans tomber dans la vulgarité, car leurs mots ont une certaine portée. Selon eux, les moments qu’ils vivent peuvent devenir historiques. D’où l’importance du choix des mots. Ceux de Thierry Rolland pour la finale de 1998, « sont entrés dans l’histoire » signale François Giuseppi. Ce dernier, Christophe Josse et Mickaël Lefebvre s’accordent à dire que la voix doit faire ressortir une personnalité. « Tout en respectant l’image pour ne pas la polluer », lorsque l’événement est télévisé, avertit Christophe Josse. Les cinq intervenants sont unanimes sur la connaissance de l’histoire. Pour mieux véhiculer l’émotion lors d’une compétition ou pour le match d’un club, il faut connaître l’histoire de ces choses. Philippe Christenval amène quant à lui une touche différente à ce colloque. Il ne parle pas comme un journaliste mais plutôt comme un sportif. Selon lui, son rôle est de faire « comprendre l’état d’esprit des joueurs aux spectateurs ». L’ex-Monégasque résume d’ailleurs parfaitement la table ronde : « Rien n’est plus fort qu’une émotion sportive ».

Florent Larios

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