Violences faites aux femmes : le violet s’invite à la maison

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D’après la mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), le 39.19 a reçu 44 235 appels et déclenché une prise en charge pour plus de 15 000 d’entre eux. ©Vanessa Arnal

Aujourd’hui (25 novembre) a lieu la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Même si quelques manifestations ont eu lieu en France ce week-end, le confinement oblige une grosse partie de la mobilisation à se faire en ligne. 

152. C’est le nombre de femmes tuées par les coups de leur conjoint en France en 2019 selon le collectif « Féminicides par compagnon ou ex ». Chaque année, le 25 novembre représente la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Si 2020 a déjà été grandement impactée par la crise de la Covid-19, la mobilisation autour de cette journée l’est à son tour. Malgré quelques marches organisées dans tout l’Hexagone, la situation sanitaire n’est pas vraiment favorable à celles-ci. « L’impact du confinement est important car seulement un groupe restreint peut manifester, contrairement à l’an passé où les manifestations avaient réuni des dizaines de milliers de personnes », déplore Camille, membre du comité parisien « Collages Féminicides ».

Le son des touches du clavier remplace le brouhaha de la foule manifestante. Le visage éclairé par la lumière de son écran d’ordinateur, Camille participe à un rassemblement virtuel. Les milliers de messages défilent lentement. Menée par le collectif féministe « #NousToutes », cette mobilisation en ligne a changé les habitudes des militants. « Le confinement nous a forcés à être plus imaginatifs, explique Claire, une militante de 49 ans. Par exemple je me suis lancée dans le collage virtuel pour sensibiliser mon entourage ». Le collage virtuel. Une photo ou une vidéo sur laquelle on rajoute des slogans, semblables à ceux aperçus dans la rue. Souvent publiés dans des groupes privés, ils sont également l’un des atouts majeurs de la mobilisation sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux au service de la lutte

Twitter perd ses teintes bleues et devient violet. Le violet. La couleur représentante de la lutte contre les violences faites aux femmes. La nuit est noire depuis longtemps lorsque Claire, insomniaque, relaie les informations sur son compte. Les messages de mobilisation reflètent dans ses pupilles. L’atmosphère de sa chambre devient pesante. 86 féminicides en 2020. 86 de trop. Valentine, Johanna, ou encore Évelyne se trouvent parmi ces victimes. Les prénoms de celles-ci tournent sur les réseaux sociaux. Un moyen d’interpeller les internautes et montrer que personne n’est à l’abri de ces violences.

« On continue de diffuser ces slogans sur les réseaux sociaux pour maintenir la mobilisation », défend Camille. Parmi ces slogans partagés sur internet on peut lire « honorons les mortes, protégeons les vivantes », ou encore « on ne veut plus compter nos mortes ». Des messages forts. Des messages poignants. Des messages cruellement vrais. Le hashtag #ellesnousmanquent envahit la toile. La mobilisation est immense. Mais elle ne s’arrête pas simplement aux portes du web.

Une aide au-delà d’internet

« Le confinement ne nous arrêtera pas, on aide d’une autre façon », affirme Camille. Aider, c’est le mot. Trop de femmes souhaitent fuir le domicile conjugal sans savoir où se rendre. Là est toute l’utilité des associations féministes. Selon Statista, la France en comptait 12 au début des années 2000. Trouver un logement pour ces femmes, une priorité pour les collectifs. « On recherche des personnes qui peuvent accueillir les femmes violentées par leur conjoint, ou des appartements vides où elles pourraient résider », développe la jeune colleuse.

Les militants crient. Ils alertent. Ils déplorent des plaintes rejetées par les autorités, des cas classés sans suite, des féminicides ignorés par la nation. Sur un mur à Rennes, on a pu lire il y a un an « aux femmes assassinées, la patrie indifférente ». Le 39.19 Violence Femmes Info, gratuit et anonyme, est accessible de 9h à 19h du lundi au samedi. En cette période de confinement, le violet s’invite chez les Français. La plateforme téléphonique, elle, n’est pas au chômage partiel.