Trêve de Noël : Le jour où tout s’est arrêté

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Britanniques et Allemands fraternisent le jour de NoëL. Un cliché repris par le journal britannique « The Daily Mirror ». Documentaire YouTube

Décembre 1914, les troupes de la Triple-Entente mènent une rude bataille face à celles des Empires Centraux. Pourtant, une étincelle d’humanité vient éclairer l’un des pires conflits de notre histoire, le jour de Noël.

Ypres, une petite ville belge de quelques milliers d’âmes en 1914, est le théâtre d’affrontements sans précédent entre les deux camps. La guerre, qui a déjà fait plus de 300 000 victimes, continue d’éprouver les soldats. Tous sont épuisés, choqués, traumatisés par les horreurs d’un conflit qui vient à peine de débuter. Le No Man’s Land a pris possession des plaines du champ des Flandres où Britanniques et Allemands ont creusé des tranchées, seulement espacées de quelques dizaines de mètres. Les récentes intempéries ont ruiné les quelques installations de fortune installées pour l’occasion. Rats, poux, puces investissent les lieux, rendant l’endroit insalubre au plus haut point. Chacun campe sur ses positions. Le sifflement des balles résonne dans les têtes des soldats qui répondent par une pluie d’obus. Au milieu des deux positions, un charnier humain prend forme. Personne ne saisit la raison réelle d’un tel conflit, mais, envoyés de force pour combattre, tous entrevoient la mort en face. Un froid polaire frappe les soldats dès l’aube du jour de Noël. L’hiver est là. Et alors que les éléments s’apprêtent à revivre une énième journée dans une mare de sang, le bruit incessant des canons se tait brutalement. Un silence macabre s’installe sur les bords de la région flamande.

Chants de Noël entre les tranchées

Étonnés par l’arrêt des tirs, les Britanniques scrutent l’horizon ennemi, à la recherche de la moindre faille à exploiter. C’est la stupéfaction. Les barbelés et les canons qui garnissaient quelques heures avant les tranchées allemandes, ont laissé place à des sapins de Noël et des bougies. L’obscurité qui régnait dans les travées flandriennes a soudainement disparu. Un bruit fait son apparition, une sonorité jusque-là inconnue sur le champ de bataille. Un Allemand entonne « Still Nacht », un célèbre chant de Noël autrichien, rapidement rejoint par d’autres soldats de son régiment. Puis c’est au tour des Britanniques de célébrer en chœur le jour sacré. Graham Williams, soldat de la London Rifle Brigade, racontait dans une de ses lettres adressées à sa famille : « Les Allemands ont chanté l’une de leurs chansons. Nous, une des nôtres. Puis on a entonné le même chant, tous ensemble, alors que nous étions en pleine guerre. C’était vraiment une chose extraordinaire. » C’est alors qu’un soldat allemand saisit un sapin et se rend en direction des positions ennemies.

Un soldat allemand s’avance vers le No man’s land avec un sapin / Documentaire Youtube

Un Tommy quitte son poste et rejoint l’ennemi, posté dans le No Man’s Land. Les deux hommes se saluent. Une scène surréaliste se déroule sur le champ de bataille, des centaines de soldats font le même chemin. Britanniques et Allemands n’ont jamais été aussi proches. On décide alors qu’on ne se battra pas aujourd’hui.

Une fraternisation sans précédent

La fête de Noël prend vie malgré le triste décor de la guerre. C’est l’occasion pour certains d’échanger des cigarettes, de l’alcool ou d’autres cadeaux. Dans l’élan, les Allemands proposent même une nouvelle trêve pour le Nouvel an. Pendant ce moment historique, les deux pays prennent le temps de récupérer leurs morts, parfois même à quelques mètres des tranchées ennemies. Après avoir communié ensemble dans une ferme proche du champ de bataille, les soldats profitent de ce cessez-le-feu temporaire pour jouer au foot. Les képis délimitent les buts. Les équipes sont vite définies, ça sera les Tommies contre les Fritz

Les Allemands ont remporté le match 3-2 sur la boue gelée d’Ypres. documentaire YouTube

Pendant ce temps, certains arborent une nouvelle coupe de cheveux grâce à un coiffeur britannique. On discute, on échange des souvenirs. On prend même quelques coordonnées pour l’après-guerre. Summum de cette trêve, un officiel dévoile les emplacements des futures frappes dans le camp adverse, pour que tout le monde reste à l’abri. En apprenant l’existence de ce cessez-le-feu, les chefs des armées étaient hors d’eux. Et pour dissuader les soldats de recommencer pareille initiative, ils organisèrent de nombreux bombardements le jour de Noël. Malgré tout, plusieurs petites trêves ont bien eu lieu tout au long de la guerre et à divers points du front. À cette époque, seule la presse britannique fait écho de cette fraternisation anglo-allemande. Le sujet reste tabou chez les Allemands et les Français, qui y ont tout de même partiellement participé. Méconnus, ces événements sont exposés aujourd’hui aux yeux de tous, grâce à plusieurs stèles commémoratives. Au total, cette trêve a concerné 100 000 soldats. Cette parenthèse dans l’Histoire, a offert une image incroyable, celle de milliers d’hommes envoyés au front pour tuer d’autres hommes qu’ils ne haïssaient pas.

Trêve de Noël 1914 : le football comme vecteur de paix

Un film de Kristen Collie, Loïc Cognet, Willy Sonthonnax, Victor Menant, Matthieu Angosto et Pierre Ferrand