Romain Donneux : Au plus proche des athlètes

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Romain Donneux, journaliste à L’Équipe, spécialisé en Athlétisme et en Moto, côtoie de nombreux athlètes, d’horizons différents. Il nous explique sa relation avec les sportifs.

Comment entretenez-vous une relation de confiance avec les sportifs ?

Ça dépend du sportif, de comment tu le rencontres. Par exemple, si tu le connais jeune, en junior , c’est plus simple d’entretenir un lien avec l’athlète ensuite, même s’il devient très connu.

Après, des relations poussées ça peut être dangereux. Si un athlète est pris pour dopage, je vais devoir rédiger un article sur lui, même si c’est mon ami. Il y aura donc une méfiance.

Est-ce que les amitiés créées ont un impact avec l’objectivité que doit avoir le journaliste ?

Oui, c’est un jeu dangereux. Il faut faire attention à ne pas mélanger le social et le professionnel. Par exemple, avant une interview avec un sportif que j’apprécie, je lui dis : « Attention j’allume le micro, tu ne parles plus à ton copain, mais au journaliste ». Pour les athlètes avec qui j’ai moins d’affinités, c’est plus simple, il y a déjà une barrière professionnelle. Ce phénomène est surtout présent dans le sport. Il faut entretenir une relation, sans devenir meilleurs potes, sans aller trop loin.

Est-ce que les sportifs dans les disciplines mineures sont plus méfiants ?

Non au contraire. Ils sont plus demandeurs, ils sont sympathiques et accueillants envers la presse. Tandis que les athlètes les plus connus savent que, dans tous les cas, ils auront un journaliste à qui parler donc ils sont plus sélectifs. Les lanceurs par exemple sont plus disposés à répondre.

Ces relations ont-elles évoluées en 10 ans ?

On commence à le voir, les relations se dégradent. Par exemple, avant on pouvait voir un journaliste de foot aller jusque dans les vestiaires pour aller interviewer Platini. Maintenant tout est fermé, c’est très compliqué. Il faut passer par des attachés de presse ou des managers et selon les sports ça peut être très difficile. En athlétisme ça commence à se compliquer même avec les jeunes, bien que la situation reste acceptable. Ça créée comme une carapace autour des athlètes.

Participez-vous à l’essor de jeunes talents dans le sport ?

Cela dépend. On peut mettre en avant des jeunes dans des papiers, en faisant des prédictions sur la nouvelle génération si on sent qu’il y a un gros potentiel. Même s’il n’est pas aussi connu. Après, notre rôle n’est pas de faire progresser l’athlète.

Est ce que le fait d’être rédacteur en chef (notamment pour Trackandlife) vous a permis d’avoir une ligne éditoriale qui vous est propre et avoir une approche différente avec les sportifs ?

Oui bien sûr, c’est ce que je voulais. L’Équipe c’est une grosse machine et on doit gérer plusieurs sports en même temps. Sur Trackandlife, je pouvais être plus proche du terrain. On crée beaucoup plus de liens. Je pouvais parler d’athlètes moins connus comme des jeunes, parce qu’il y avait une communauté de lecteurs très passionnés d’athlétisme. Maintenant, l’audience est plus large et ces athlètes intéressent moins le grand public.

Est-ce que la relation avec les sportifs est meilleure en cette période de Covid-19 ?

Oui et non. Oui parce que les athlètes restent sur leurs écrans et ont moins de choses à faire. Ils ont donc plus de temps pour répondre aux questions. Non, parce que c’est mieux de rencontrer le sportif en physique, sur son lieu d’entraînement.