Peut-on encore rire des caricatures ?

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Le 7 janvier 2015 est une date tragique. Victime d’une terrible attaque terroriste qui a décimée sa rédaction, Charlie Hebdo est devenu, malgré lui, le symbole d’une presse satirique menacée. Cette tragédie est le point de départ d’un débat de société tendu autour de la caricature.

Les caricatures ont toujours été le symbole d’une presse libre. Mais depuis quelques temps, elles sont devenues l’objet d’un débat sans fin autour de la liberté d’expression. Peut-on rire de tout ? Peut-on tout dessiner librement ? La caricature est un « témoin de la démocratie », expliquait le regretté Tignous, rédacteur chez Charlie Hebdo. La liberté de caricaturer est, en effet, depuis la nuit des temps, un fondement de la liberté de la presse. Déjà, sous l’ancien régime, à l’époque de Louis Philippe, les dessinateurs de presse n’hésitaient pas à brocarder le roi comme une… poire ! Mais aujourd’hui, le caricaturiste se heurte à une susceptibilité assoiffée de sang. Même des journaux comme le Monde ou encore Le Figaro ont dû se justifier sur les caricatures décriées.

Et Dieu dans tout ça ?

Mais souvent où la souffrance blesse c’est lorsque les caricaturistes s’en prennent aux religieux. Alors même que ces dessins faisaient susciter le rire dans les années 70. En effet, à la suite de Mai 68, il y a eu de la part de la jeunesse une libération de la parole.

Tweet de l’assassin de Samuel Paty

Une époque qui manque d’humour ?

Mais la caricature ne s’exerce pas que dans les journaux. Force est de constater que les émissions parodiques autour de la caricature du monde politique ont presque toutes disparues des écrans. Parmi elle, la plus symbolique, les Guignols de l’info, ont été dissous après l’arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal +. Ils sont peu à encore oser. Les derniers Mohicans de la caricature sont bien rares : Quotidien, France Inter, Charlie Hebdo, Le Canard Enchaîné, Plantu… tentent par tous les moyens de sauver ce genre vital à la démocratie.


Encadré : Faire pleurer de rire pour plus d’égalité

Ce ne sont pas seulement les mots qui dénoncent ou expriment des idées. Un bon coup de crayon peut donner aussi une bonne mine. Les grosses têtes, des corps disproportionnés… Cela fait plaisir de voir les vrais visages de nos hommes politiques préférés. La presse de gauche adore donner des droites et des crochets bien pointus. On peut lâcher des coups de gueule très facilement dans une extrême délicatesse. Au moins, tout le monde peut se sentir concerné. Ils seront obligés d’écouter l’opinion publique pour éviter de se faire humilier. Monter dans l’humour extrême pour les faire tomber, les faire redescendre sur Terre, est un plaisir. Les plus forts tomberont à genoux et comprendront cette vérité : les petits sont au même niveau. Ils ont les mêmes égalités de chance. Dessiner gratuitement et délibérément de manière provocante pour faire payer les plus riches, les fraudeurs, les puissants. Grâce à l’art de se moquer, la liberté d’expression ne s’est jamais aussi bien portée. C’est une libération. Personne ne pourra la faire taire. On ne peut pas l’arrêter. La caricature, c’est briser les sujets tabous en rigolant. C’est dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Ces images satiriques font sourire Pierre Desproges. « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ».

Caricature de Christiane Taubira par Charb le 30 octobre 2013