« Papa, c’est quoi le Coronavirus ? »

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Le Coronavirus sera sûrement étudié à l'école dans les années à venir. © Pixabay

En ce début d’avril 2040, la Crimée est devenue un pays, le poste de télévision a disparu, et Marine Brenier est l’actuelle Présidente de la République française. Aujourd’hui, mon fils Isaac, âgé de 10 ans, a étudié en classe un sujet bien contagieux… Le Coronavirus raconté à mes enfants.

« Aujourd’hui à l’école, la maîtresse nous a parlé du C-O-R-O-N-A… » Début avril. Début de semaine. Et fin d’une longue journée de travail pour moi à la rédaction. Pourtant, cette dernière phrase prononcée par mon fils aîné Isaac, annonce à mon grand regret, une fin de repas animée. C’est souvent le cas avec les enfants. Une affirmation entraîne une vague d’interrogations. Et comme je connais bien les miens, les questions pleuvent. « Papa, c’est quoi le Coronavirus ? » embraye Salomé, ma fille de 8 ans. Le Coronavirus. 20 ans plus tard, son effet se ressent toujours. Dans les écoles, les hôpitaux, les transports en commun. Les gens ne l’ont pas oublié. Ils ne pourront plus. Cette pandémie a touché le corps et l’esprit du monde entier durant l’année 2020. Depuis, en ce chaud début du mois d’avril 2040, c’est bien entendu le nombre de morts que nous avons retenu. Environ 300 000. Un chiffre qui fait froid dans le dos. Or, ce que j’essaie tant bien que mal d’expliquer à mes enfants, redevenus sages comme des images, c’est l’atmosphère morose qui régnait à ce moment-là en France, et partout sur la planète. « Nous sommes en guerre », voici les mots qu’avait tenus le Président de l’époque (j’ai maintenant oublié son nom.) « Mais c’était la guerre contre qui ? », rétorque Isaac, candide. Justement, des quelques souvenirs qui me restent de cette époque, les gouvernements n’avaient eux-mêmes pas la réponse. Ce Covid-19, tel est le nom scientifique du virus, était très volatile, et se propageait aussi facilement qu’une grippe. Les méthodes trouvées par les scientifiques pour le stopper étaient alors insuffisantes. Mais inutile de leur tousser à la figure. Cette maladie était totalement inédite, et sa contagion exponentielle.

Un confinement historique

« C’étaient quoi ces méthodes ? », surenchérit Salomé. Le confinement. Voici le premier élément de réponse qui m’est revenu. Comme une évidence. Un mot qui aujourd’hui rappelle, pour ceux qui l’ont vécu, un temps durant lequel la terre semblait s’être arrêtée de tourner. Une mise en quarantaine obligatoire, une interdiction formelle de sortir de chez soi, sauf pour les premières nécessités. De mars à juin 2020, quatre milliards de personnes étaient appelées au confinement, soit la moitié de la population mondiale de l’époque. 80 % des travailleurs contraints à rester à la maison, au mieux réduits au télétravail, et au pire, au chômage. Une économie planétaire à l’arrêt, une vie sociale rudement mise à l’épreuve, des conditions de confinement parfois critiques pour les plus démunis. Seuls les professionnels de santé étaient au front. Infirmiers, médecins, pharmaciens, urgentistes. Les hôpitaux revêtaient alors des allures de fourmilières géantes, là où des milliers de personnes contaminées étaient envoyés pour être soignés. Un travail de titan. « Quand je serai grande, je serai infirmière ! » déclare Salomé, rêveuse. Sûrement une des raisons pour lesquelles les métiers de soignants sont si admirés, et si valorisés aujourd’hui. Hausse des salaires, amélioration des conditions de travail, horaires aménagés… Une façon de remercier le travail accompli en ces temps de crise sanitaire. Côté éducation, établissements scolaires et universités étaient forcés de s’adapter pour éviter des retards trop importants, et ainsi limiter la casse. Cours en visioconférence, devoirs à rendre par mail ou sur des plateformes en ligne, épreuves et examens remplacés par du contrôle continu, autant de méthodes que d’inquiétudes, et tout cela à la maison. Bonjour l’ambiance. Un véritable désarroi pour les parents, d’ailleurs le même que je connais dès à présent, mes deux bambins pas encore au lit vu l’heure tardive…

Un virus, un héritage

« Le Coronavirus, ça existe plus aujourd’hui ? » me demande Isaac. Mon rôle de père m’incombe de ne pas répondre simplement : « Non fiston, le virus n’existe plus ». D’un point de vue viral, peut-être. Mais après presque sept mois de propagation et de contamination, le souvenir de celui-ci a profondément marqué les esprits. Ce Coronavirus a pris sa place parmi les pandémies modernes majeures, telles que la Grippe espagnole de 1918, ou encore la Grippe H1N1 de 2009. Alors forcément, pour les personnes qui ont traversé cette crise, l’oublier relèverait du miracle, ou bien de l’amnésie. « Nous sommes une chaîne, dont chacun des maillons a trempé dans ce virus. C’est cela même qui contribue à la concordance et à l’équilibre de notre existence », a écrit récemment l’auteur congolais Alain Mabanckou. Comme si nous tous, les contaminés, les porteurs sains, les soignés, et même les morts, avons en chacun d’entre nous porté les stigmates de cette dite guerre. Aujourd’hui, nous vivons avec l’héritage d’une année 2020 meurtrie et meurtrière. Le port de gants en latex est dorénavant obligatoire dans les transports en commun. Tous les rendez-vous médicaux se font par téléconsultation. La chloroquine est la molécule la plus utilisée par les industries agroalimentaires. « Tu veux dire qu’avant on allait voir le médecin pour de vrai quand on était malade ? » s’insurge ma fille, surprise. Conflit générationnel, fracture numérique, mal de l’époque. Appelez-le comme bon vous semble. Il n’en demeure pas moins qu’une société évolue aussi bien avec ses victoires qu’avec ses échecs. Et malgré la plus forte des tempêtes, la plus sanglante des guerres, la plus mortelle des pandémies, mes enfants seront toujours là demain. Les voilà maintenant endormis. Mission accomplie.