Le Pape marseillais est mort

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Pape Diouf est né en 1951 à Abéché au Tchad. Son père y officiait au sein de l’armée française. / Une de l'Equipe - 1er avril 2020

Pape Diouf, l’ancien président de l’Olympique de Marseille, est décédé du Covid-19. Ô combien aimé, sa disparition touche la communauté marseillaise, mais aussi celle de l’ensemble du football français

Droit au paradis. Mardi soir, Pape Diouf, l’ancien président de l’Olympique de Marseille, atteint du Covid-19, placé sous assistance respiratoire, s’est éteint à l’âge de 68 ans, au Sénégal, à Dakar. Le lion de la Teranga devait être rapatrié à Nice en avion sanitaire dans la soirée, mais son état s’est dégradé.

Arrivé en 1969 pour terminer ses études dans la cité phocéenne, il devient journaliste sportif au quotidien « La Marseillaise » et couvre l’actualité du club bleu et blanc, puis devient agent de joueurs. En 2005, il est nommé président de l’Olympique de Marseille, poste qu’il occupe jusqu’en 2009. Grand par la taille, mais aussi par son charisme, sa gentillesse et sa loyauté, sa disparition ne laisse personne indifférent dans le monde du football. À commencer par les anciens joueurs qui ont évolué sous ses ordres. En juillet 2005, Pape Diouf recrute Mamadou Niang, un attaquant de 25 ans évoluant au Racing Club de Strasbourg, pour la somme de 7M d’euros. L’ex-capitaine de l’équipe olympienne lui a rendu un hommage poignant.

« Je me souviens du jour où tu es venu me voir au Sénégal pour me dire de venir à Marseille. Ta sagesse et ta douceur me réchauffaient le cœur. Tu étais le meilleur d’entre nous et un modèle pour moi. Sache que tu resteras à jamais dans mon cœur Pape. Je t’aime ».

Habib Beye, ancien défenseur sénégalais, a également tenu à s’exprimer après avoir appris la terrible nouvelle : « Il m’appelait « fils », je l’appelais « père ». Il a été mon agent, mon président, mais avant tout un homme exceptionnel pour moi ». Ils sont bientôt rejoints par d’autres joueurs qui ont pu côtoyer Pape Diouf, tous émus, à l’image de Franck Ribéry, Samir Nasri, Lorik Cana ou encore les frères Ayew qui, eux, pleurent leur « mentor ».

À jamais dans le cœur des supporters

Chose extrêmement difficile, quand on est le patron de l’Olympique de Marseille, le Franco-Sénégalais a réussi à se mettre les Ultras dans la poche. Comment ? Notamment, grâce à sa bravoure et son dévouement pour ramener le club vers les sommets du championnat français. Il reste, aujourd’hui, le dernier président à avoir réussi à qualifier l’OM trois années d’affilée en Ligue des Champions, la plus prestigieuse des coupes européennes. Il est d’ailleurs pour les Marseillais « le seul président à avoir réussi à la tête de l’OM depuis l’ère Tapie ». Mais aussi grâce à son soutien perpétuel et inégalé pour soutenir la cause de ses supporters, ce qui a fait de lui un président respecté. Le 5 mars 2006, craignant des affrontements devant le Parc des Princes, le PSG décide d’attribuer la moitié des places normalement allouées aux supporters marseillais. Puis le président parisien, Pierre Blayau, décide de commercialiser les billets restants aux fans de Paris. Problème, dans cette optique, ces derniers vont surplomber le parcage olympien. Jugée comme dangereuse, Pape Diouf s’oppose à cette décision. Avec José Anigo, directeur sportif à l’époque, l’ancien journaliste décide d’envoyer une équipe de jeunes joueurs du centre de formation sur la pelouse parisienne. « Les minots » montent dans la capitale et devant près de 44.000 spectateurs arrachent le point du match nul (0-0) fêté comme une victoire dans le vestiaire. À son retour, l’équipe réserve est accueillie par une horde de Marseillais dans une gare Saint-Charles envahie par les fumigènes.

Autre fait d’armes, traduisant son engagement pour les amoureux de l’OM, Pape Diouf, déterminé, œuvre pour obtenir la libération de Santos Mirassiera. En octobre 2008, cet Ultra phocéen est condamné à trois ans et demi d’emprisonnement ferme en Espagne après des échauffourées avec la police locale, dans la tribune réservée aux supporters olympiens, lors du match entre l’Atlético Madrid et l’OM, au stade Vicente Calderón. « Santos Mirrasiera est victime d’une injustice » avait déclaré l’ancien agent sportif avant que le club ne paye une caution de 6000 euros pour le libérer.

La nuit dernière, le groupe des « Marseille Trop Puissant » a manifesté sa reconnaissance envers son ex président, en affichant une banderole sur le cours Lieutaud à Marseille où l’on pouvait lire : « Repose en Paix Pape ». De plus, en cette période de confinement, certains fans de la maison bleu et blanche ont décidé de chanter, d’applaudir et de sortir les écharpes à 20h, pour lui rendre un vibrant hommage sur leur balcon avant de pouvoir le faire dans les travées du stade Vélodrome.  

Un homme respecté par l’ensemble du football français  

L’amour envers Pape Diouf ne s’arrête pas aux frontières de la ville de Marseille. Sa mort aura provoqué également une vive émotion pour l’ensemble des acteurs du ballon rond. Même s’il avait réussi à piquer Hatem Ben Arfa à Lyon, en 2008, (vidéo en fin d’article), au nez et à la barbe de Jean-Michel Aulas le président de l’Olympique Lyonnais et éternel rival de l’ancien dirigeant marseillais, ce dernier n’a pas caché son émotion en apprenant son décès : « Pape a été un grand président, très performant, respectable et respecté, j’avais un profond respect pour lui, je m’associe à la peine de toute sa famille et de tous ses amis ».

Alain Cayzac, ex patron du PSG, entre 2008 et 2010, a également croisé le chemin de Diouf avec qui il s’était lié d’amitié. « La mort de Pape Diouf m’attriste beaucoup. On s’appréciait beaucoup, très sincèrement, bien au-delà de la rivalité sportive entre Paris et Marseille. C’était un type bien, un grand dirigeant, mais surtout un homme cultivé et un humaniste. Pape restera comme l’un des beaux souvenirs de ma présidence. C’est trop dur, trop injuste » a-t-il témoigné, tout en estime, au journal l’Equipe. D’autres, à l’instar de Kylian Mbappé, ne l’ont jamais croisé sur les terrains ou dans les tribunes d’un stade. Pourtant, le jeune attaquant français du Paris Saint-Germain a lui aussi pris la parole : « Plus aucune place pour la rivalité ce soir. Très triste d’apprendre le décès d’un monument de notre football, mes condoléances à la famille Diouf ».

En 2013, François Hollande le décore de la Légion d’Honneur après l’avoir élevé au grade de chevalier pour « mérites éminents acquis au service de la nation » en 2012. À l’heure actuelle, il demeure l’unique dirigeant noir-africain d’un club européen. Même s’il n’a remporté aucun titre majeur avec l’OM, Pape Diouf aura remporté le plus beau des trophées : le respect éternel.

Devant la presse, Jean-Michel Aulas et Pape Diouf valident le transfert d’Hatem Ben Arfa après une réunion pour la somme de 11M d’euros.