Le guide du routard d’un bon reportage

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Léopold Gaillard en reportage sur la Promenade des Anglais (Crédit : Audrey Cremer)

Lieux, matériel, plans… sont le « starter pack » d’un bon journaliste. La qualité du reportage dépend de ces éléments. Pour séduire les lecteurs et les auditeurs, il faut une préparation béton, en amont. Rencontre avec plusieurs « reporters » qui nous livrent leurs secrets.

« Le premier jour à Beyrouth, je marchais sur des œufs : il y a eu des tirs, 500 blessés, j’ai dû me cacher derrière un muret », confie peiné, Rémy Buisine, journaliste indépendant depuis quatre ans et demi pour le média en ligne Brut. Si préparer son reportage en France n’est pas une chose aisée, « c’est encore plus complexe à l’étranger. On doit s’adapter à un environnement différent », confie-t-il. Dès le matin, juste après une conférence de presse dictée à la lettre, le « reporter » part d’un pas déterminé. Léopold Gaillard, jeune étudiant en journalisme attend, cigarette au bec, le tramway, au son des klaxons, tout en réfléchissant à la construction de ce reportage. Matériel dans une main, bloc-notes dans l’autre, il s’empresse d’aller sur le terrain. L’objectif : recueillir des informations, de l’ambiance, des réactions, des descriptions, et ce, quelque soit le support : télévision, radio, presse écrite ou encore réseaux sociaux.

Pour Rémy Buisine, le journaliste doit avant tout être passionné, prêt à « sacrifier sa vie ». Constamment « à la recherche d’informations », « sur un terrain inconnu », un quotidien exigeant, parfois difficile à concilier avec la vie privée. Pourtant, beaucoup ont fait ce choix. Le choix du coeur.

Un bon reportage, c’est une préparation psychologique

Si, à première vue, l’exercice du reportage semble accessible, il nécessite pourtant une solide formation et préparation. « Certains reportages peuvent se préparer en une heure, d’autres en plusieurs années », explique Eve Bartoli, journaliste, réalisatrice de reportages au sein de sa propre boîte de production et professeure à l’Ecole du Journalisme de Nice. Le temps de préparation est « très différent en fonction des sujets », poursuit-elle. Plusieurs formats peuvent être proposés : court, moyen ou long. Cela demande une préparation différente. Pour Grégory Leclerc, reporter chez Nice-Matin, fabriquer un reportage commence avant tout par une recherche et une collecte de l’information : « Une parfaite connaissance du sujet est le respect minimum à avoir vis-à-vis de nos interlocuteurs et de nos lecteurs ». Discuter en amont avec les personnes, préparer des questions, trouver de potentiels intervenants… le tout permet au reporter d’être dans de bonnes conditions. La préparation psychologique est également essentielle. Eve Bartoli explique qu’elle « prépare les journalistes à ce qu’ils vont trouver sur place, à leur façon de réagir ». Grégory Leclerc, quant à lui, se préoccupe beaucoup des conséquences de son métier « subies » par sa famille. Un constat qu’il illustre, attristé, par un exemple poignant : « Lors de la tempête Alex, j’étais parti pour un reportage d’une journée. Le réseau téléphonique est tombé rapidement pendant plusieurs heures en panne. Piégé au cœur de cette apocalypse météorologique, je n’ai pu leur donner signe de vie. Ils se sont inquiétés. Je devais rentrer le soir, mais la tempête m’a contraint à me réfugier en catastrophe pour la nuit. Le lendemain, en concertation avec mon rédacteur en chef, j’ai décidé de rester huit jours en reportage auprès des sinistrés. Tu sais quand tu pars mais pas toujours quand tu reviens »

… Et matérielle.

« Je me suis déjà fait avoir sur le terrain car je n’avais pas mon matériel, je n’avais plus qu’à faire un aller-retour à la maison » confesse, d’un rire jaune, Grégory Leclerc, avant de poursuivre : « Pour ne pas se retrouver à quatre pattes en train de charger son téléphone », il vaut mieux avoir une grosse batterie de secours… Pour Rémy Buisine, en prime, il faut se munir d’un stabilisateur, « lorsqu’il y a des bousculades et des mouvements de foule », mais aussi d’un dictaphone, avec des micros intégrés, ou externes. Pour Benjamin Ducongé, journaliste à Radio Monaco, il permet d’avoir « une bonne prise de son ». Il faut également une caméra, un micro, et un bloc-notes. Rémy Buisine exprime l’importance de l’expérience sur le terrain : « Avec le temps, on apprend à se placer, ne pas rester au milieu, avoir un matériel de protection dans certaines situations – un casque, des lunettes, un masque à gaz, un gilet renforcé… » Benjamin Ducongé, révèle que, pour la radio, il est important de « choisir son plan pour ne pas avoir de bruits parasites, qui ruineraient la prise de son ». Pour Eve Bartoli et Rémy Buisine, le choix du plan dépend du contexte : « Si on fait un reportage sur une ferme, on va l’utiliser comme plan. S’il y a des interviews posées, on va trouver un joli endroit, ou bien on va se rendre chez la personne », explique la journaliste. Pour Grégory Leclerc, le plan doit permettre, de « retrouver tous nos sens : l’odeur, l’ouïe, la vue… »

En bref, que ce soit par les mots, la voix ou les images, le but ultime d’un reportage, est de parvenir à retranscrire, de manière forte et authentique, les émotions éprouvées sur le terrain.