« L’Adieu », une réunion de famille pleine d’émotions

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Lulu Wang, après de nombreux courts-métrages, réalise ici son deuxième film - © Allociné

Lulu Wang suit dans « L’Adieu » une jeune sino-américaine de retour en Chine pour accompagner sa grand-mère malade. Le film dresse le portrait de l’opposition culturelle entre le pays asiatique et les Etats-Unis à travers cette famille touchante et attachante.

Un mensonge. C’est ce qui réunit toute la famille dans « L’Adieu ». Pour son deuxième long-métrage, la réalisatrice Lulu Wang propose une plongée dans les us et coutumes chinois lorsque la maladie s’invite au sein d’un membre de la famille. La caméra suit une jeune sino-américaine tiraillée par le choix familial de cacher la vérité à la grand-mère, atteinte d’un cancer. L’actrice Awkwafina, Nora Lum de son vrai nom, figure montante à Hollywood et récompensée aux Golden Globes pour ce film, trouve ici le meilleur rôle de sa jeune carrière. Les épaules voûtées et le visage blafard, elle accompagne sa pétillante « nainai », sa grand-mère, dont la présence et la prise de parole illuminent l’écran d’une énergie contagieuse.

Lulu Wang offre avec « L’Adieu » (« The Farewell » en version originale) un mélodrame touchant, loin de tomber dans le pathos qu’un tel sujet peut laisser craindre. Le film fait traverser au spectateur un large panel d’émotions. La sensibilité avec laquelle sont filmés les liens familiaux et la finesse de l’humour dédramatisent un contexte lourd. Réunie après 25 ans, la famille, malgré quelques velléités intestines, se soude autour du mensonge et des sentiments que chacun porte à « nainai ». La réalisatrice chinoise donne ainsi à découvrir une famille pleine d’humanité, d’amour et de tendresse.

Un choc des cultures

« Ce film est inspiré d’un mensonge réel ». Mensonge de la réalisatrice même. En effet, Lulu Wang agrémente « L’Adieu » de son histoire personnelle. Née à Pékin et expatriée aux Etats-Unis à l’âge de six ans, elle utilise son vécu familial, oscillant entre deux pays aux cultures différentes, pour raconter cette fabulation. En connaisseuse, elle traite la difficulté coutumière des Chinois dont la vie se déroule hors de Chine. Ainsi, elle met en opposition, sans juger de leur valeur, deux cultures aux rapports à la famille, à la vie et à la mort diamétralement opposés.

Vivant aux Etats-Unis depuis son enfance, le personnage principal ne comprend pas le choix d’omettre la vérité à la grand-mère. N’étant pas dans le même bain, ses principes sont différents de ceux de sa famille chinoise. En Chine, il est de coutume pour la famille de ne pas révéler les cancers aux malades, car ils estiment qu’il est de leur devoir de porter ce fardeau à la place de ceux-ci. Estimant cette révélation individualiste afin d’échapper à ses devoirs, le peuple chinois s’y refuse et conçoit la vie comme une union de tout un ensemble. Le cercle familial en premier lieu. Famille dont la présence omniprésente fournit un cocon chaleureux autant qu’une pression importante sur la vie de ses jeunes. Famille en tant que centre de l’univers. Famille dont personne ne souhaite se passer.

Paul Guianvarc’h