La brasserie « Le Bonjour » victime du Covid

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L'employée de la brasserie affiche aux yeux des passants l'arrêté préfectoral. ©Amel Benrezzak

La célèbre brasserie « Le Bonjour » à Libération a du fermer ses portes pour non respect des règles sanitaires. Une situation délicate pour la direction et ses employés.

Après un avertissement en novembre dernier, c’est le 29 janvier que Monique Lamatino, gérante de la brasserie « Le Bonjour », située juste à côté de Gare du Sud à Nice, est sanctionnée pour non-respect des règles sanitaires. Cet arrêté, pris par le préfet des Alpes-Maritimes Bernard Gonzalez, met l’activité de cette brasserie au point mort. Il n’est plus question d’ouvrir, même partiellement. Les larmes aux yeux, elle exprime une incompréhension complète et évoque les difficultés que la fermeture implique. « On est obligés de reculer tous les crédits… tout ce qu’on n’est pas obligés de payer est repoussé. Ça nous retarde toutes les charges. […] Ça fait beaucoup. Surtout que je viens d’acheter les murs. »

Une décision qui affecte les employés, mais pas que

Monique Lamatino gère une enseigne qui regroupe un bar-café, un restaurant et un PMU. À cause de la fermeture, c’est aussi le chiffre d’affaires des maraîchers environnants qui en prend un coup. Nathalie, employée au « Bonjour », dit avoir besoin de chercher un autre emploi pour les deux mois à venir, et ainsi palier ce chômage imposé. « Je vais avoir besoin de chercher ailleurs, dans un magasin ou autre, pour trouver un autre emploi. C’est déjà compliqué en temps normal, mais là en plus avec le coronavirus, c’est pire. Cette fermeture, c’est horrible. » Depuis l’intérieur de la brasserie, on aperçoit plusieurs personnes âgées qui passent et s’arrêtent devant ; l’incompréhension se lit sur leurs traits. Les habitués perdent l’un de leurs rendez-vous quotidien. Monique prépare elle-même des plats niçois avec des produits frais du marché d’en face, fortement apprécié des clients du quartier. Ce qu’elle déplore le plus dans cette situation, c’est d’être privée de la possibilité de servir les seniors qui viennent tous les jours, et qui comptent sur elle pour leurs déjeuners.

Tentatives de recours

Les policiers ont justifié leur motivation par l’attitude de la clientèle des bars voisins, eux aussi forcés de fermer pour deux mois. « Ce n’est pas spécialement contre vous, c’est parce qu’il y a eu des dérives à côté : le bar du Printemps a abusé et l’Altra Casa, pareil« , rapporte-t-elle. Pour essayer de faire appel, la gérante a contacté l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH). Elle espère que l’association va l’aider à plaider pour sa cause et permettre une réduction du temps de fermeture. Dans les prochains jours, Monique Lamatino va également tenter un recours avec son avocat. Toutefois, la procédure est risquée : si elle fait appel et que cet appel est rejeté, elle écopera deux mois de fermeture supplémentaires. En attendant ces actions, la gérante et son employée ont écrit à la préfecture, pour expliquer la situation, et tenter d’avoir gain de cause. « La proximité de mon commerce avec les bans de maraîchers situés en face compromettait la distanciation », est-il écrit. « Néanmoins, on nous a fait remarquer que notre concurrent Le Printemps était régulièrement pointé du doigt, et qu’il a par ses négligences et son manque de respect des règles élémentaires précipité le préfet dans sa décision de nous infliger une fermeture administrative. » Elles espèrent, par cette lettre, réussir à prouver que la sanction n’a pas lieu d’être. En attendant une réponse, Monique Lamatino et son équipe vont envisager la livraison à domicile.