Julian Assange, une figure du journalisme ?

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Julian Assange a été arrêté ce jeudi à Londres. (Capture d'écran Youtube de Ruptly)

Arrêté ce jeudi après avoir passé sept ans reclus dans l’ambassade d’Equateur à Londres, le fondateur de Wikileaks est considéré comme un pionnier du journalisme. Mais des zones d’ombre persistent, notamment autour de son implication dans la présidentielle américaine de 2016.

Icône du journalisme d’investigation pour les uns, danger pour la démocratie pour les autres. Une chose est sûre : Julian Assange ne laisse personne indifférent. A la suite de son arrestation ce jeudi à l’ambassade d’Equateur à Londres où il vivait reclus depuis 2012, les messages de soutien se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Il faut dire que le fondateur de Wikileaks a de quoi susciter l’admiration après la publication en 2010 de documents accablants et ultra confidentiels sur les modes opératoires de l’armée américaine lors de la guerre d’Irak fourni par l’ancien combattant Bradley Manning, devenu Chelsea Manning. Ou bien encore lorsque les révélations de l’ONG sur Ben Ali ont poussé les Tunisiens à descendre dans la rue, ce qui marque le début du printemps arabe en 2011. Julian Assange contrôle rigoureusement les documents publiés et dispose même d’un droit de veto. Et les critiques formulées à l’encontre de l’Australien de 47 ans reposent justement sur le choix des fichiers dévoilés au grand public.

En octobre 2016, Wikileaks publie des dizaines de milliers de mails piratés envoyés par le directeur de campagne d’Hillary Clinton, en pleine course pour la présidence américaine. S’en suit alors un scandale qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Donald Trump ne se prive pas pour dénoncer une imprudence de l’ancienne secrétaire d’Etat, qui n’a pas utilisé une boîte mail sécurisée alors que la teneur de ses messages était classée secret défense. Pour certains, ces révélations ont fait basculer l’élection en faveur de Donald Trump et expliqueraient même sa victoire le soir du 8 novembre 2016. Mais une question revient sans cesse : qui a fourni ces mails piratés à l’ONG de Julian Assange ? Des voix s’élèvent et affirment qu’il s’agit de l’œuvre de hackers russes qui œuvrent pour le Kremlin. Les mêmes qui auraient tenté de pirater les mails des équipes d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle française.

Julian Assange a été arrêté ce jeudi à Londres. (Capture d’écran Youtube de Ruptly)

Julian Assange victime d’un coup monté par les Etats-Unis ?

Si Julian Assange a toujours démenti tout lien ou toute complaisance vis-à-vis du gouvernement russe, force est de constater que très peu de documents publiés sur Wikileaks mettent en cause la politique russe. En revanche, une multitude sont très critiques envers les pays occidentaux et particulièrement les Etats-Unis. Concernant l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l’homme a rétorqué que Washington a « annexé le monde entier ». Plutôt étonnant de la part du fondateur d’une ONG qui avait pour but à sa création de dénoncer l’action des régimes autoritaires comme la Russie.

L’Australien n’a eu de cesse de répéter qu’il est victime d’un complot fomenté par les Etats-Unis, en particulier en 2010 quand il est soupçonné de viol et d’agression sexuelle en Suède, pays où est installé le siège de Wikileaks en raison d’une législation sur la liberté de la presse très favorable aux lanceurs d’alertes. Il aurait contraint une femme à avoir un rapport sexuel alors qu’elle était endormie et aurait refusé d’utiliser un préservatif avec une seconde victime présumée, ce qui est une agression sexuelle au regard de la loi suédoise. Un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre de Julian Assange en 2010 après son départ du pays. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le militant à se réfugier à l’ambassade d’Equateur à Londres. L’une de ses accusatrices réclame la réouverture de l’enquête pour viol, classée sans suite en 2017.

S’il est extradé aux Etats-Unis, Julian Assange encourt cinq ans de prison pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un piratage informatique », avec Chelsea Manning. Ses avocats affirment que d’autres chefs d’inculpation vont émerger, ce qui pourrait mener à une condamnation à mort de l’Australien.

Hélèna Sarracanie