« En thérapie » : la nouvelle prouesse d’Éric Toledano et Olivier Nakache

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« En thérapie », la première série du duo Toledano-Nakache. ©Arte

Diffusée tous les jeudis soir sur Arte jusqu’à fin mars, « En thérapie » revient sur le traumatisme collectif des attentats du Bataclan du 13 novembre 2015. À travers la première série d’Éric Toledano et Olivier Nakache, découvrez les séances de cinq patients dans le cabinet du psychothérapeute Philippe Dayan.

« On a voulu montrer ce Paris blessé et convalescent », déclarait Olivier Nakache au micro de France Inter la semaine dernière. Une ville lumière et des Français meurtris au lendemain de la barbarie terroriste perpétrée par l’État islamique. Mais des Français et Françaises pour lesquels ces attentats ne sont pas la seule source d’ébranlement. Après des longs-métrages réussis comme Nos jours heureux, Intouchables, Le Sens de la fête ou encore Hors Normes, le duo s’essaye à un autre format. En collaboration avec plusieurs auteurs réalisateurs et metteurs en scène, Nakache et Toledano reprennent la série télévisée israélienne « Be Tipul ». Déjà adaptée aux États-Unis, en Italie, en Argentine, au Japon et dans une dizaine d’autres pays, c’est en France cette fois que le feuilleton mondial est repris. Un véritable succès, encore.

Un huis clos total et des acteurs hors pair 

« En thérapie » permet de ne pas oublier. Pour beaucoup, la souffrance s’est quelque peu estompée. Malheureusement, d’autres sont encore endoloris. Alors si l’on remonte le temps, et que l’on revient seulement quelques jours après ces attentats, la douleur est d’autant plus vive. La réminiscence de cette barbarie, vécue de près ou de loin, submerge encore les esprits. Celui d’Ariane (Mélanie Thierry), chirurgienne en poste le soir des attentats, d’Adel (Reda Kateb), agent de la BRI au sens du devoir impressionnant, ébranlé par son intervention dans la salle de spectacle parisienne, de Camille (Céleste Brunnquell), une ado perturbée suite à un accident de la route, ainsi que ceux de Damien et Léonora (Pio Marmaï et Clémence Poésy), un couple en pleine crise. Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) n’échappe pas non plus à ce trauma. Dans ce huis clos des plus total, la performance des comédiens détonne. Leur prestation, d’une justesse et d’une finesse épatantes, est époustouflante. Chaque épisode, d’une durée de 20 à 30 minutes, représente une séance de psychothérapie. Des séances à travers lesquelles les dialogues sont ficelés à la perfection et les maux des personnages gravés sur leur visage.

« Les failles des personnages traduisent les failles d’un pays »

La plaie toujours cinglante les accompagne au quotidien. Les attentats du Bataclan agissent comme un révélateur. Un déclic, voire un prétexte inconscient. Après ce choc, les cœurs blessés et les têtes bouleversées, les patients se dévoilent. Grâce aux séances de Philippe Dayan, Éric Toledano et Olivier Nakache dépeignent de nombreuses problématiques sous-jacentes. « Le scénariste original disait que les failles des personnages traduisent les failles d’un pays », racontait Toledano. Ainsi, les acteurs représentent un panel de la France et ses différents sujets de société actuels. L’hôpital, les forces de police, l’adolescence, l’amour, le consentement, la compréhension de l’autre, l’échange, les fantasmes interdits. En outre, grâce à ces conciliabules poignants, dans ce grand appartement parisien, entre le fauteuil du docteur Dayan et le divan vermillon des patients, les scènes gagnent en profondeur et en authenticité. « En thérapie » réinstalle et redonne de l’importance au silence et à l’écoute. Plus encore, la musique originale, signée Yuksek, est à la hauteur du reste. Une série originale, saisissante et remarquable, disponible en intégralité sur le site arte.tv et diffusée tous les jeudis soir à 20h55 sur Arte.