Diffusion de la Ligue des Champions : à qui le tour ?

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L'attribution des droits de retransmission de la Ligue des Champions sur la période 2021-2024 devrait se jouer entre quatre candidats en France.

Les diffuseurs français ont jusqu’au mercredi 27 novembre pour répondre à l’appel d’offre de l’UEFA concernant la retransmission de ses compétitions entre 2021 et 2024. En France, la bataille s’annonce féroce entre les quatre principaux prétendants. État des lieux.

RMC Sport : L’absence de Ligue des Champions, la perte de trop ?

Son entrée sur le marché des droits du football européen avait fait l’effet d’une bombe. En mai 2017, le groupe Altice, propriétaire de RMC Sport, récupérait l’exclusivité des coupes d’Europe de football sur la période 2018-2021. Le tout contre un chèque annuel de 350 millions d’euros. Un record absolu qui pourrait être battu au cours des prochains jours. Mais Altice, coté en bourse, est-il prêt à recasser sa tirelire ? La diffusion des compétitions européennes entre 2018 et 2021 va lui coûter près d’un milliard d’euros et des doutes subsistent sur sa surface financière. RMC Sport, qui revendique près de 2 millions d’abonnés, enregistre d’importantes pertes (plus de 220 millions d’euros par an selon le quotidien numérique dédiée à l’information économique, La Lettre A). Mais la Ligue des Champions demeure le produit phare de la chaîne et sa disparition laisserait un vide abyssal dans la grille des programmes. Difficile, donc, d’imaginer le groupe Altice rester inactif dans cette nouvelle course aux droits. « On peut imaginer qu’on les défende », confiait Alain Weil, président de RMC Sport, dans les colonnes de l’Équipe en septembre dernier.

CANAL + : Réaction attendue chez le roi déchu

Cela ressemble presque à une question de survie. Dépossédé de la Ligue des Champions depuis 2018, Canal + va voir son bien le plus précieux, la Ligue 1, aux mains d’un nouvel opérateur (Mediapro, en plus de beIN Sports) dès 2020 et ce jusqu’en 2024. Le diffuseur historique du football français fait pâle figure et présentera une offre football bien maigre la saison prochaine. Seuls le championnat anglais – codiffusé avec RMC Sport – et la D1 féminine seront en mesure de satisfaire les fans du ballon rond. Cela semble bien peu pour une chaîne qui ne cesse de perdre ses fidèles. Depuis le début de l’année, plus de 200 000 abonnés ont quitté le navire Canal. Alors quoi de mieux que la plus prestigieuse des compétitions européennes pour se refaire une santé ? La perte de la Ligue 1 et de la Ligue 2 sur la période 2020-2024 a pour effet de libérer une importante enveloppe. Depuis 2016, la chaîne cryptée débourse près de 540 millions d’euros par saison pour retransmettre l’élite du football français. Reste à savoir si le groupe de Vincent Bolloré est prêt à réinvestir une telle somme sur le football européen…

Mediapro : Étoffer une offre encore très française

On le connaît très peu, et pourtant il devrait devenir un acteur majeur du football français. À compter de la saison prochaine, Mediapro proposera 8 affiches de Ligue 1 et de Ligue 2 par week-end. Des droits de diffusion acquis contre la maudite somme de… 780 millions d’euros par an jusqu’en 2024. Un record dans le championnat français. Associé au fonds d’investissement chinois Orient Hontai Capital, Mediapro semble disposer de liquidités conséquentes. Suffisantes pour attirer les coupes d’Europe dans son escarcelle ? Les déclarations de Jaume Roures, patron du groupe sino-espagnol, semblent aller dans ce sens. « Oui, nous sommes intéressés, parce que ça fait partie de notre projet d’être la chaîne du football français », confiait-il au Parisien le 31 octobre dernier. Désireux de franchir le cap des 4 millions d’abonnés, Mediapro serait bien inspiré d’enrichir son catalogue s’il aspire à régner sur le marché français.

beIN Sports : Le temps des folies semble résolu

À la différence de Canal +, la chaîne qatarie continuera de diffuser les championnats français sur le cycle 2020-2024. Deux rencontres de Ligue 1 et de Ligue 2 continueront de garnir la grille des programmes de beIN Sports chaque week-end. Si l’on ajoute à cela les matches de Serie A, Bundesliga et Liga, on obtient un bouquet football assez complet. Du moins jusqu’en 2021. C’est à cette date qu’arrivent à échéance les droits de retransmission des trois championnats étrangers. Ces derniers n’ont pas encore été attribués pour l’après 2021 et nul ne sait si beIN Sports entend se positionner dessus. En attendant, le groupe qatarien peut déjà se rabattre sur les compétitions européennes, disponible à partir de… 2021. La chaîne ne semble toutefois pas déterminée à réaliser des folies financières. « L’augmentation sans fin des droits sportifs est terminée », avertissait le directeur général de beIN Sports Yousef Al-Obaidly, lors des Leaders Week Sport Business Summit organisés à Londres. 

Quid des GAFA ?

Diffuseur de la Ligue des Champions en Amérique du Sud, Facebook ne devrait pas livrer bataille en Europe. « Je pense que c’est trop tôt », avait déclaré Peter Hutton, directeur des sports du groupe, à l’occasion du Sportel de Monaco. La situation est quelque peu différente du côté d’Amazon. Le géant du web s’est récemment offert les droits des Nights Sessions de Roland-Garros à partir de 2021. Une entrée sur le marché français remarquée. Et susceptible d’ouvrir la voie vers de nouvelles acquisitions. 

Infographie : Clément Gondolff

Clément Gondolff