Charlie Hebdo, pourvoyeur de libertés

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Le 7 janvier 2015, 8 dessinateurs et journalistes sont morts pour leurs idées. ©Pol Partouche

Ce jeudi 1er octobre, et au cœur même du procès des attentats de 2015, le journal Charlie Hebdo a célébré ses 50 ans d’existence. 50 années de défense d’une liberté de la presse qui, dans notre pays, a souvent été questionnée, parfois chahutée, mais jamais ébranlée. Une belle manière d’invoquer les bénéfices du métier de journaliste à notre monde.

Un demi-siècle de caricatures engagées, de titres coup de poing, d’éditos provocateurs et d’articles incendiaires, souvent envoyés en direction des classes politique, dogmatique et scientifique de notre pays. En voilà de la liberté d’expression ! Anciennement baptisé Hara-KiriCharlie Hebdo naît en 1970 de la censure, déjà. Alors interdit à la diffusion suite à un titre plein de cynisme lié à la mort du général de Gaulle, Cavanna et Choron fondent le journal « bête et méchant ». Depuis, on ne compte plus le nombre de Unes qui ont fait parler d’elles, ainsi que ses cibles : Brigitte Macron, Cyril Hanouna, Antoine Griezmann, Jean-Luc Mélenchon, Angela Merkel etc… toutes les sphères y passent. Comme une volonté pour les dessinateurs et journalistes de Charlie d’ériger au sommet des libertés le droit de tout commenter, tout dire, tout écrire. Cette prise de position, sinon d’opposition à la bien-pensance politique et culturelle, a valu au journal de s’offrir une place de choix dans le paysage médiatique français. Et même si ses chiffres sont loin d’être fracassants, Charlie est connu et reconnu. Et à chaque fait marquant en France, on l’attend au tournant. Comme le prouve le 14 février 2015, dont les ventes de ce numéro post-attentat du 7 janvier avaient été multipliées par trois. « Ça montre qu’on est soutenus, que la liberté d’expression, la laïcité, le droit au blasphème ne sont pas des valeurs obsolètes et qu’elles sont soutenues par les Français qui ont choisi d’acheter ce numéro », soulignait à l’époque le dessinateur Juin. Il en va de même le 2 septembre dernier, à la veille de l’ouverture du procès de l’attaque, lorsque la rédaction du journal décide de republier les caricatures de Mahomet. Là encore, Charlie frappe fort.

Une du numéro du 22 novembre 2017, évoquant singulièrement l’hospitalisation du chanteur Johnny Hallyday. ©Charlie Hebdo

Charlie Hebdo ou le culte de l’opinion

Malgré la censure, le terrorisme, le nombre incalculable de procès et de menaces, le journal est toujours là. Et l’espoir d’une liberté de l’information avec lui. On peut crier à l’outrage, au scandale ou même à l’impunité en regardant les dessins de Charlie. Mais l’enjeu d’un tel média est ailleurs que dans le message. Tous les mercredis, les gros caractères qui ornent chaque numéro de chaque Une éloignent un peu plus la menace d’une uniformisation de l’information, qui serait tout simplement la mort lente du journalisme. Comme tout média, Charlie Hebdo cultive l’opinion. Comment ? En suscitant en chaque lecteur une réaction. L’élément déclencheur d’un point de vue, un choix arbitraire de penser comme ou à l’inverse de son voisin ou de sa voisine, un levier démocratique par excellence. Alors, à l’heure des réseaux sociaux, il est juste de rappeler qu’il est bien plus simple de s’improviser détenteur de vérités derrière son écran (peu importe sa taille) que d’enquêter, creuser, se faire remballer, insulter, et même tuer pour fournir tous les jours à la population de l’information. C’est à nous, futurs journalistes, de conserver la place de l’opinion au sein de notre pays, et de porter avec fierté ce lourd héritage donné par ceux qui ont vu leur sang se mêler injustement à l’encre.