Antonio Tiberi, sans perdre les pédales

0
164
Antonio Tiberi deviendra professionnel au sein de l'équipe Trek-Segafredo en 2021 / Capture d'écran

À 18 ans, l’Italien a déjà tout pour devenir un futur grand. Antonio Tiberi est devenu champion du monde juniors du contre-la-montre à Harrogate. Malgré un incident mécanique dès les premiers instants, le Romain a fait preuve d’une force de caractère. Portrait d’un phénomène à travers une incroyable journée.

Contre le temps, contre son destin. Alors que chaque seconde compte, Antonio Tiberi doit s’arrêter après 100 mètres de course. Dérailleur brisé et 26 secondes de perdues. Une page noire, déjà. « Quand j’ai dû changer de vélo, j’ai pensé avoir tout perdu », dévoile-t-il. Avec toutes les raisons de s’agacer – jeunesse, manque d’expérience, événement majeur et course gâchée – l’Italien reste étonnamment très calme. Sans paniquer, le rouleur prend le temps de ne rien oublier et récupère son bidon. Lucide. Mais le sort s’acharne. Alors que le natif de Gavignano rattrape un concurrent, il est ralenti par les voitures. Indéniablement, le transalpin allume du rouge à chaque intermédiaire.

La tête et les jambes

Tel un gladiateur, le Romain ne s’est pas laissé abattre. « Petit à petit, il a repris le rythme. Il a récupéré de précieuses secondes, ça lui a donné confiance. Il a vraiment été bon », explique Rino De Candido, le technicien des juniors italiens. À chaque intermédiaire, Antonio Tiberi se rapproche. L’écart se réduit et le rêve doré revient. Le coureur de la Team Franco Ballerini Due C a continué de pousser. À l’arrivée, c’est du vert. En gardant la tête sur les épaules, l’Italien a aussi pris celle du classement. Si la course n’est pas encore terminée, le coureur de 18 ans vient de se révéler. Indépendamment du résultat, cette journée fait changer le laziale de dimension. Même Vincenzo Nibali, l’un des meilleurs italiens de l’histoire, est impressionné : « Il a un bon physique, il écoute, il voit, il apprend, il peut devenir quelqu’un de grand ».

Antonio Tiberi (Italie, au centre) devance Enzo Leijnse (Pays-Bas, à gauche) et Marco Brenner (Allemagne, à droite) / Capture d’écran

Rivalité en toute amitié

Exemplaire sur la route, le Latin l’est aussi sur les bas-côtés. Sa rivalité avec Andrea Piccolo n’est pas un problème avec la sélection italienne. Au contraire, les sorties de la Nazionale permettent aux deux transalpins de se connaître. « Nous sommes deux grands amis et les comparaisons entre nous, nous aident à grandir », reconnaît même le Romain. Les rouleurs-grimpeurs s’affrontent tout au long de la saison. Auteurs de très bons résultats, ils seront coéquipiers en 2020 au sein de l’équipe espoir Colpack. Aux championnats d’Italie juniors de contre-la-montre, à Capezzano Pianore, puis d’Europe, à Alkmaar, les duels ont tourné à l’avantage de Piccolo. Alors ces mondiaux peuvent être une revanche pour le gavignanese. Ironie du sort, le dernier cycliste en piste n’est autre qu’Andrea Piccolo. Le champion national échoue finalement à la 6ème place. La journée d’Antonio Tiberi est passée du blanc au noir. Le nouveau maillot arc-en-ciel en aura vu de toutes les couleurs.